{"id":55,"date":"2020-02-10T18:59:57","date_gmt":"2020-02-10T17:59:57","guid":{"rendered":"https:\/\/metamour.fr\/?p=55"},"modified":"2022-01-09T20:17:23","modified_gmt":"2022-01-09T19:17:23","slug":"le-daim-ou-la-masculinite-toxique-a-son-paroxysme","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/metamour.fr\/?p=55","title":{"rendered":"Le Daim ou la masculinit\u00e9 toxique \u00e0 son paroxysme"},"content":{"rendered":"<p>Le Daim, c\u2019est le dernier film de Quentin Dupieux, sorti \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2019, et que j\u2019ai ador\u00e9. Je vais bien s\u00fbr spoiler all\u00e8grement, comme toujours, donc prenez vos responsabilit\u00e9s. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un article hors-s\u00e9rie, c\u2019est-\u00e0-dire qui ne parle pas des repr\u00e9sentations poly, pour plusieurs raisons :<br \/>\n\u2013 parler de masculinit\u00e9 toxique sur un blog autour du polyamour, c\u2019est pas le sujet direct mais c\u2019est pas compl\u00e8tement d\u00e9connant.<br \/>\n\u2013 \u00e7a fait longtemps que je n\u2019ai pas eu envie d\u2019\u00e9crire un article d\u2019analyse de film, donc c\u2019est l\u2019occasion pour me remettre en selle (\u2026ce qui reste compliqu\u00e9, j\u2019ai pris beaucoup de temps entre le d\u00e9but de la r\u00e9daction de cet article et la fin).<br \/>\n\u2013 je crushe sur Ad\u00e8le Haenel depuis plusieurs ann\u00e9es, et j\u2019esp\u00e8re secr\u00e8tement qu\u2019elle lira un jour cet article, puis, qu\u2019\u00e9blouie par ma fine analyse, elle se saisira de mon formulaire de contact.<\/p>\n<p>De quoi \u00e7a parle, Le Daim ? Georges, en errance apr\u00e8s que sa femme l\u2019ait quitt\u00e9, commence par s\u2019acheter un manteau en daim, et repart en prime avec une cam\u00e9ra. Il va s\u2019installer dans un petit h\u00f4tel de campagne, et commence \u00e0 tourner un film centr\u00e9 sur son blouson ; il rencontre au passage Denise, serveuse dans le bar de l\u2019h\u00f4tel, \u00e0 qui il propose de monter son film. Tout d\u00e9rape quand il formule \u00ab son r\u00eave \u00bb, et fait son possible pour le mettre en \u0153uvre : \u00eatre le seul possesseur de blouson au monde. Est-ce que c\u2019est juste une histoire absurde ? Je ne crois pas.<\/p>\n<h2>La masculinit\u00e9 toxique, v\u00e9ritable h\u00e9ro\u00efne du film<\/h2>\n<p>Si la masculinit\u00e9 toxique \u00e9tait un d\u00e9lire psychotique, ce serait le Daim. La masculinit\u00e9 toxique (les normes masculines de nos soci\u00e9t\u00e9s occidentales patriarcales qui ont des impacts n\u00e9gatifs pour la soci\u00e9t\u00e9, y compris sur les hommes eux-m\u00eames) est d\u00e9j\u00e0 le meilleur terreau qui soit pour favoriser les troubles narcissiques chez les hommes. On pourrait se contenter de voir Georges, le protagoniste, comme un personnage \u00ab fou \u00bb, comme l\u2019ont fait beaucoup de critiques, mais ce serait masquer le fait que la plupart de ses comportements viennent de ce qui est encourag\u00e9 par la soci\u00e9t\u00e9 quand on a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 en tant qu\u2019homme. Tous les curseurs sont pouss\u00e9s \u00e0 l\u2019extr\u00eame, certes, mais \u00e7a n\u2019emp\u00eache pas de s\u2019interroger sur les curseurs en question. Ce que j\u2019ai trouv\u00e9 jubilatoire, au visionnage, c\u2019est \u00e0 quel point Dupieux et Dujardin sont justes dans ce qu\u2019ils nous montrent de la masculinit\u00e9 toxique. Il y a quelque chose d\u2019\u00e9blouissant \u00e0 rendre aussi bien compte d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne, d\u2019autant qu\u2019il est intensifi\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 la fiction, qui permet de \u00ab partir en live \u00bb, de pousser la logique jusqu\u2019au bout. Je vais donc d\u00e9cortiquer les comportements de Georges par le prisme de cette masculinit\u00e9 toxique, qui s\u2019incarne pleinement dans la figure du narcissique.<\/p>\n<h2>C\u2019est quoi, le narcissisme ?<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-86\" src=\"http:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinmiroir.jpg\" alt=\"Dujardin face au miroir : symbole du narcissisme, partie int\u00e9grante de la masculinit\u00e9 toxique. \" width=\"657\" height=\"347\" srcset=\"https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinmiroir.jpg 657w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinmiroir-300x158.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 657px) 100vw, 657px\" \/><\/p>\n<p>Le film s\u2019ouvre sur Georges, dans sa voiture, se triturant le veston en tweed, qu\u2019il va bient\u00f4t aller jeter dans les toilettes d\u2019une aire de service, toilettes qu\u2019il bouche au passage sans le moindre \u00e9tat d\u2019\u00e2me. Ce premier acte pose imm\u00e9diatement une certaine impulsivit\u00e9, et une absence de consid\u00e9ration compl\u00e8te pour son environnement. Apr\u00e8s moi l\u2019inondation. On se doute que dans sa vie, ce n\u2019est pas lui qui nettoie les chiottes.<\/p>\n<p>L\u2019image qu\u2019on a du narcissique, c\u2019est en g\u00e9n\u00e9ral celle de quelqu\u2019un qui se pense parfait, au-dessus de tout le monde, avec l\u2019id\u00e9e qu\u2019il n\u2019a donc pas \u00e0 suivre les m\u00eames r\u00e8gles que les autres. Quelqu\u2019un qui se met en avant en permanence tout en performant la force. Mais le narcissisme (on entre dans de la th\u00e9orie psy), ce serait en fait surtout le signe d\u2019un \u00e9go tr\u00e8s fragile, et cette fragilit\u00e9 doit \u00eatre masqu\u00e9e \u00e0 tout prix, aupr\u00e8s de soi comme du monde ext\u00e9rieur, car elle est telle que la moindre faille risquerait de causer un effondrement int\u00e9rieur. Il faut donc, comme pr\u00e9vention, b\u00e2tir un rempart, une armure \u00e9tanche (une \u00ab coquille \u00bb, dirait peut-\u00eatre Denise, la serveuse-monteuse incarn\u00e9e par Ad\u00e8le Haenel ?). Cette n\u00e9cessit\u00e9 de se d\u00e9fendre contre autrui en permanence est bien illustr\u00e9e dans les interactions de Georges avec son environnement : tout parle toujours de lui (lors de sa premi\u00e8re rencontre avec Denis, qui discute avec une autre femme au bar, il leur demande si elles parlent de son style), y compris et surtout les regards, et tout est critique potentielle. Georges vit dans un monde dont il est le centre. Le besoin d\u2019avoir une image de lui parfaite l\u2019am\u00e8ne \u00e0 une impossibilit\u00e9 de se regarder r\u00e9ellement en face, au-del\u00e0 du jeu d\u2019images, de parler de lui, et m\u00eame plus, de penser ses \u00e9motions, ce qui am\u00e8ne n\u00e9cessairement au d\u00e9ni et au mensonge, deux faces de la m\u00eame pi\u00e8ce et composants essentiels du narcissisme.<\/p>\n<h2>d\u00e9ni \/ mensonge<\/h2>\n<p>Georges est en fuite : fuir, c\u2019est refuser la confrontation, refuser de (se) voir en face. Fuir, c\u2019est aussi un acte pas tr\u00e8s viril, dans la repr\u00e9sentation commune. Alors il faut masquer cette fuite, sous n\u2019importe quel pr\u00e9texte. Georges est un \u00e9quilibriste qui s\u2019appuie sur tous les objets, tous les alibis possibles pour se b\u00e2tir une autre histoire que celle d\u2019un cinquantenaire paum\u00e9 qui vient de se faire quitter par sa femme, non seulement aux yeux du monde, mais d\u2019abord aux siens propres. Le d\u00e9ni le prot\u00e8ge d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 insupportable, o\u00f9 il n\u2019est ni aim\u00e9, ni en contr\u00f4le. C\u2019est un des m\u00e9canismes essentiels du narcissisme.<\/p>\n<p>Georges ment beaucoup, tout au long du film, on pourrait m\u00eame dire que c\u2019est sa communication de base. Mais cette mythomanie n\u2019est que l\u2019autre versant de la pi\u00e8ce. Le d\u00e9ni alimente les mensonges, qui deviennent souvent cr\u00e9dibles \u00e0 ses propres yeux : il a une facilit\u00e9 d\u00e9concertante \u00e0 s\u2019auto-convaincre. S\u2019il a une cam\u00e9ra, qui lui est tomb\u00e9e dans les mains par pur hasard, c\u2019est donc qu\u2019il fait du cin\u00e9ma. Et pas n\u2019importe quel cin\u00e9ma, s\u2019il est r\u00e9alisateur, c\u2019est forc\u00e9ment de quelque chose de grandiose (ce pourquoi il s\u2019\u00e9nerve quand une travailleuse du sexe locale sugg\u00e8re qu\u2019il tourne du porno).<\/p>\n<p>Enfin, cette capacit\u00e9 au d\u00e9ni contribue \u00e0 le rendre imperm\u00e9able face \u00e0 l\u2019id\u00e9e des cons\u00e9quences de ses actes : il n\u2019a jamais l\u2019air inquiet, il n\u2019y pense probablement pas, tout simplement. Ce sentiment d\u2019impunit\u00e9 est directement li\u00e9 \u00e0 la vision grandiose qu\u2019il a visiblement de lui-m\u00eame \u2013 vision rendue possible par la capacit\u00e9 \u00e0 nier tout ce qui viendrait la contredire.<\/p>\n<h2>violence \/ grandeur<\/h2>\n<p>D\u00e8s les premi\u00e8res images, il y a quelque chose d\u2019inqui\u00e9tant chez Georges. On sent la violence qui pourrait surgir \u00e0 tout moment malgr\u00e9 la voix affable, \u00e0 travers la tension dans sa m\u00e2choire, ses petits mouvements de la bouche, comme s\u2019il rem\u00e2chait une contrari\u00e9t\u00e9. Cette violence en puissance se d\u00e9ploiera plus tard dans le film, verbalement et physiquement, prenant progressivement de plus en plus de place.<\/p>\n<p>Georges est violent parce que toute remise en question de l\u2019image de grandeur qu\u2019il s\u2019est constitu\u00e9 est insupportable, et que tout risque de critique, toute opposition, tout regard insistant, va \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme tel. Soutenir le regard d\u2019un Homme\u2122, c\u2019est lui d\u00e9clarer la guerre, c\u2019est faire affront \u00e0 sa masculinit\u00e9. C\u2019est d\u2019ailleurs inacceptable y compris quand \u00e7a vient d\u2019un ado p\u00e2le et ch\u00e9tif : la violence est une solution qui para\u00eet parfaitement normale \u00e0 Georges, quand il s\u2019agit de faire respecter sa virilit\u00e9, on peut m\u00eame dire qu\u2019elle vient la renforcer. Son besoin de contr\u00f4le, au service duquel est sa violence, s\u2019incarne in fine dans le d\u00e9lire associ\u00e9 \u00e0 son blouson : \u00eatre le seul \u00e0 en poss\u00e9der un, quelle preuve plus flagrante de son statut d\u2019exceptionnalit\u00e9 pourrait-il demander au monde ?<\/p>\n<h2>Auto-\u00e9rotisme et virilit\u00e9<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-88\" src=\"http:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel.jpg\" alt=\"Dujardin remet la cam\u00e9ra \u00e0 Haenel.\" width=\"1920\" height=\"1013\" srcset=\"https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel.jpg 1920w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel-300x158.jpg 300w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel-700x369.jpg 700w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel-768x405.jpg 768w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel-1536x810.jpg 1536w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/dujardinremetcameraheanel-800x422.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1920px) 100vw, 1920px\" \/><\/p>\n<p>Le Daim, titre du film, fait donc r\u00e9f\u00e9rence au blouson en daim que Georges se procure apr\u00e8s avoir jet\u00e9 sa veste en tweed, en l\u00e2chant pour cela une belle somme d\u2019argent (ce qui conduira \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019ait plus acc\u00e8s au compte commun qu\u2019il partageait avec son ex). Il y a une symbolique \u00e9vidente : il chercher \u00e0 retrouver une virilit\u00e9 arch\u00e9typale en s\u2019habillant d\u2019animal mort, pour tenter de r\u00e9parer la blessure du rejet caus\u00e9e par son ex femme. Les femmes, dans le syst\u00e8me h\u00e9t\u00e9rosexiste, ne sont pas valoris\u00e9es en elles-m\u00eames, mais parce que, objectifi\u00e9es, elles servent de valorisation pour les hommes qui les \u00ab poss\u00e8dent \u00bb. Autre pendant de ce syst\u00e8me : quand on est un homme, on \u00e9rotise surtout pas les corps d\u2019autres hommes, ce qui a un impact sur les possibilit\u00e9s de s\u2019auto-\u00e9rotiser (spoiler : c\u2019est compliqu\u00e9). Le blouson en daim, avec lequel Georges se trouve \u00ab un style de malade \u00bb devient un palliatif, ersatz de sa femme perdue qui lui sert \u00e0 se revaloriser (le blouson, au moins, ne risque pas de le contredire ni de le quitter). Par la suite, il s\u2019admire avec \u00e0 toutes les occasions, miroirs, vitre de sa voiture ou encore de boutiques. Une fois dans sa chambre d\u2019h\u00f4tel avec le daim, George improvise des dialogues \u00e9rotis\u00e9s (\u00ab tu passes hyper bien \u00e0 la cam\u00e9ra \u00bb) entre lui et ce blouson f\u00e9minis\u00e9. Il ma\u00eetrise tout, pas de d\u00e9rapage possible. Lors du premier \u00e9change, il affirme tr\u00e8s explicitement que c\u2019est lui qui contr\u00f4le, lui qui est le patron : \u00ab je suis ton nouveau propri\u00e9taire \u00bb (en \u00e9cho \u00e0 ce qu\u2019il dira plus tard \u00e0 Denise : \u00ab Ton patron ? Mais c\u2019est moi ton patron ! \u00bb). Cet auto-\u00e9rotisme masculin non assum\u00e9 passe par la personnalisation de l\u2019objet. Il lui faut un interm\u00e9diaire, une m\u00e9diation.<\/p>\n<p>Dans la masculinit\u00e9 toxique paroxystique, \u00eatre valoris\u00e9 par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019une femme ou de son \u00e9quivalent blouson ne suffit plus \u2013 il faut tout le pouvoir, une fois pour toute. Georges s\u2019engage alors dans un jeu fini : il gagnera quand il sera le seul homme valoris\u00e9, le ma\u00eetre supr\u00eame, sans concurrence. Une sorte de strat\u00e9gie pour s\u2019assurer que rien d\u2019ext\u00e9rieur ne puisse plus \u00eatre une menace qui viendrait mettre \u00e0 jour la faille interne. C\u2019est alors l\u2019escalade qui commence, et dans une tentative d\u2019avoir toujours plus de pouvoir, Georges vole des blousons, de mani\u00e8re de plus en plus violente, tandis qu\u2019en parall\u00e8le continue son auto-\u00e9rotisation, via ses achats de plus en plus de v\u00eatements en daim, jusqu\u2019\u00e0 en \u00eatre presque int\u00e9gralement couvert, dans une jubilation exponentielle. Dans le langage au moins, il y a un lien entre cet \u00e9rotisme et la violence, ainsi il qualifie son style de \u00ab tuerie \u00bb, ou encore d\u00e9clare en s\u2019admirant que \u00ab \u00e7a bute \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la sc\u00e8ne finale, Georges, extatique, v\u00eatu de daim de la t\u00eate aux pieds, demande \u00e0 Denise, avec une candeur enfantine : \u00ab regarde-moi, filme-moi, filme-moi ! \u00bb. La cam\u00e9ra, objet de pouvoir traditionnellement masculin, est remise dans les mains de la jeune femme, qui a symboliquement et concr\u00e8tement pris du pouvoir sur le film. Du pouvoir conceptuel d\u2019abord, ayant pouss\u00e9 Georges \u00e0 filmer certaines sc\u00e8nes, et financier ensuite, puisqu\u2019elle est d\u00e9sormais devenue productrice du film dont elle \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 monteuse, en amenant l\u2019argent dont Georges \u00e9tait d\u00e9pourvu. Il y a chez Georges une jouissance \u00e0 l\u00e2cher la cam\u00e9ra, un \u00e9rotisme qui passe par l\u2019ext\u00e9rieur, sans plus besoin de s\u2019auto-\u00e9rotiser, \u00ab tout seul \u00bb, tout le temps : la cam\u00e9ra peut aussi remplir cette fonction, caresser cette image, et provoquer un l\u00e2cher-prise. Cet autre rapport \u00e0 la masculinit\u00e9 a \u00e0 peine le temps de s\u2019esquisser que Georges est abattu, rattrap\u00e9 par les cons\u00e9quences de la violence commise plus t\u00f4t, et qui visait \u00e0 prot\u00e9ger \u00e0 tout prix son image.<\/p>\n<h2>Denise, victime ou complice de la masculinit\u00e9 toxique ?<\/h2>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-89\" src=\"http:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera.jpg\" alt=\"Denise (Ad\u00e8le Haenel), la cam\u00e9ra \u00e0 la main.\" width=\"1535\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera.jpg 1535w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera-300x158.jpg 300w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera-700x369.jpg 700w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera-768x405.jpg 768w, https:\/\/metamour.fr\/wp-content\/uploads\/2020\/02\/haenelcamera-800x422.jpg 800w\" sizes=\"auto, (max-width: 1535px) 100vw, 1535px\" \/><\/p>\n<p>Denise r\u00e9cup\u00e8re le blouson sur le cadavre tout frais de Georges, et le rev\u00eat. Cette fin semble achever symboliquement son acc\u00e8s au pouvoir, qui a eu lieu progressivement dans la seconde partie du film. Plus t\u00f4t, elle avait mis Georges face \u00e0 ses mensonges ridicules de fa\u00e7on si simple et pourtant confrontante, sans \u00eatre mena\u00e7ante, que, pour la premi\u00e8re fois, il les avait reconnus (\u00ab oui, je suis tout seul \u00bb, pas d\u2019\u00e9quipe ou de producteurs qui tiennent), signalant la perte de pouvoir, le l\u00e2cher-prise final avant la mort (mort in\u00e9vitable, r\u00e9solution cin\u00e9matographique, mais au-del\u00e0, seule possibilit\u00e9, sans doute, pour le syst\u00e8me-Georges qui n\u2019aurait probablement pas tenu sans imploser).<\/p>\n<p>Denise, qu\u2019on peut par moments envisager comme une victime de Georges (il lui ment, lui \u00ab emprunte \u00bb de l\u2019argent qu\u2019il ne pourra jamais rembourser, se montre autoritaire et parfois agressif\u2026) n\u2019est pourtant pas sans responsabilit\u00e9 dans la violence qui s\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e, et s\u2019il y a quelque chose de jouissif \u00e0 la voir finalement prendre le pouvoir et la cam\u00e9ra, je pense qu\u2019il est possible d\u2019accepter cet plaisir cin\u00e9matographique, tout en renon\u00e7ant \u00e0 cette vieille id\u00e9e essentialiste qu\u2019elle en ferait quelque chose de plus lumineux parce que ce serait une femme. Pass\u00e9 l\u2019enthousiasme plus na\u00eff du d\u00e9but, Denise a en effet continu\u00e9 d\u2019encourager le film de Georges, son d\u00e9lire, son narcissisme (elle lui offre de quoi compl\u00e9ter sa panoplie en daim), tout ce qui est constitutif de sa masculinit\u00e9 toxique donc, bien apr\u00e8s qu\u2019elle ait compris ce dont il retournait. Elle qui avait le d\u00e9sir de faire du cin\u00e9ma mais pas les moyens de son ambition, semble trouver une voie d\u2019acc\u00e8s vers celle-ci \u00e0 travers le projet de Georges. Il y a quelque chose de non assum\u00e9 dans cette ambition qui doit passer \u00e0 travers un homme, et en m\u00eame temps, on sait bien comme le privil\u00e8ge masculin ouvre aussi les portes du monde du cin\u00e9ma (m\u00eame si, en l\u2019occurrence, Georges n\u2019a pas le moindre r\u00e9seau). Pour qu\u2019une collaboration artistique avec Georges soit possible, quel choix Denise avait-elle sinon faire semblant de croire \u00e0 ses mensonges, accepter de flatter son ego ? Refuser de jouer le jeu de la masculinit\u00e9 toxique sans avoir d\u2019abord pu construire son propre pouvoir, c\u2019est prendre le risque d\u2019en subir directement la violence.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Daim, c\u2019est le dernier film de Quentin Dupieux, sorti \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2019, et que j\u2019ai ador\u00e9. Je vais bien s\u00fbr spoiler all\u00e8grement, comme toujours, donc prenez vos responsabilit\u00e9s. J\u2019ai d\u00e9cid\u00e9 de faire un article hors-s\u00e9rie, c\u2019est-\u00e0-dire qui ne parle pas des repr\u00e9sentations poly, pour plusieurs raisons : \u2013 parler de masculinit\u00e9 toxique sur un&#8230;<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":84,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[32,33,34,35],"class_list":["post-55","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-films","tag-daim","tag-deni","tag-masculinite-toxique","tag-narcissisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=55"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/55\/revisions\/90"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/84"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=55"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=55"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/metamour.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=55"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}